Sans doute l’un des portraits de femme les plus beaux et les plus complets de l’histoire de l’opéra. L’un des plus terribles aussi, car il est le récit d’une humiliation et d’une tromperie qui mènent à la mort. Depuis sa naissance dans les années 1890, le « verismo » s’était appuyé sur des livrets romanesques et excessifs, sur une théâtralité efficace et sans concession. Il s’était appuyé aussi sur la puissance de l’expression qui transforme le moindre mot en imprécation. Que l’on songe àCavalleria rusticana aussi bien qu’à Tosca, l’ouvrage précédent de Puccini. Rien de tel dans« Butterfly » : pas ou peu d’action, mais le lent poème de l’âme. Et des mots certes, mais presque accessoires, et soumis à une économie parfaite.
À la passion dévorante exprimée dans chaque intonation de Santuzza ou de Manon Lescaut, Butterfly oppose ses silences et un chant déchirant, d’une pudeur surnaturelle.
Svetla Vassileva, révélée à Paris dans Francesca da Rimini, incarne cette jeune femme éperdue, dans la mise en scène sensible et immaculée de Bob Wilson.