Deux dialogues, qui en réalité ne sont que des monologues. Car Judith pourrait n’être, sous la silhouette noire de la quatrième épouse « venue du coeur d’une nuit semée d’étoiles », que la voix de l’inconscient meurtri de Barbe-Bleue, reclus dans ce château sans fenêtres avec lequel sa psyché se confond. Car Elle – mais qui est Elle ? Et à qui parle-t-Elle ? – répond au silence de cet homme qui, à l’autre extrémité d’une ligne rompue, peut-être, n’est pas là. Quatre décennies, ou presque, séparent la conception du Château de Barbe-Bleue de celle de La Voix humaine – même si la pièce de Jean Cocteau, reprise telle quelle dans le livret, date de 1930. Un demi-siècle de profondes remises en question, qui a vu les créations de Wozzeck, puis de Lulu de Berg, mais aussi de Moses und Aron de Schönberg. L’écho de Pelléas et Mélisande de Debussy, de sa prosodie au plus près de la langue, résonne néanmoins chez Bartók autant que chez Poulenc, avec la singularité de l’idiome musical propre à chacun – l’un, porté par l’élan fondateur d’un opéra hongrois alors naissant et l’autre qui, en qualifiant son monodrame de tragédie lyrique, s’inscrivit dans une lignée remontant à Lully. Associés pour la première fois, Esa-Pekka Salonen et Krzysztof Warlikowski lèvent, à travers l’ombre sur laquelle se referme la septième porte, « le rideau de nos cils » sur une chambre pleine de larmes de sang.

A l’Opéra Garnier le dimanche 29 novembre 2015 à 14h30

TARIF AGENT / CONJOINT : 90 €

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